L’énergie : un enjeu local

La Région Île-de-France a mis sur les rails une société d’économie mixte (SEM) « Énergie Posit’If » chargée de booster les financements de la rénovation énergétique des bâtiments et la production d’énergie renouvelable locale. Son modèle économique repose sur le tiers investissement : ce n’est ni au propriétaire ou à la copropriété d’investir pour faire les travaux, mais à un tiers qui, en contrepartie de l’apport de capitaux, se rémunère sur une partie des économies d’énergie. Ainsi, la Caisse des Dépôts et Consignations, la Caisse d’Épargne, la Région et la Ville de Paris (entre autres) se sont rejoints dans cette initiative qui sera complémentaire des prestations de conseil et d’expertise apportées par l’agence parisienne du climat.

La pose d’un isolant – licence CC by 64k.be (Attribution + non commercial + share alike)

Et pour la mise en route de ce nouvel instrument, deux représentants de Paris siégeront au conseil d’administration : René Dutrey, le nouvel adjoint chargé de l’environnement, et moi-même. Voici mon intervention au Conseil de Paris :

Sur notre continent, les villes sont le lieu où les trois quarts de l’énergie sont consommés et les gaz à effet de serre émis. Notre responsabilité est donc immense face à l’accroissement permanent des émissions planétaires de gaz à effet de serre et aux échecs répétés des grands messes internationales. Si la négociation au sommet n’avance pas, je pense que nous obtiendrons des résultats très concrets en remontant des territoires.

Car force est de constater que même au niveau national, les politiques publiques mises en œuvre jusqu’ici n’ont pas produit les résultats nécessaires. Beaucoup d’argent a été dépensé dans le crédit d’impôt développement durable : 7,8 milliards d’euros sont partis en dépense fiscale sur les quatre premières années pour un résultat qui a bénéficié d’abord aux ménages aisés, propriétaires de leur résidence principale en maison individuelle. Autant dire qu’à Paris, les ménages modestes ou les classes moyennes, locataires en habitat collectif, n’en ont pas vu la couleur ! Et encore, si l’argent public avait servi à faire un bond énergétique significatif, nous pourrions malgré tout nous en réjouir : mais là non plus, le compte n’y est pas puisqu’en fixant un objectif de moyens techniques et non de résultats sur la performance énergétique, l’argent public a plus servi à améliorer le résultat des fabricants de fenêtres industrielles ou de chaudières à gaz qu’à économiser des tonnes de CO2… Alors oui, le salut viendra peut-être du pragmatisme des élus locaux que nous sommes !

À Paris, le plan climat, adopté dès 2007, est très ambitieux avec ses 25% de réduction des émissions d’ici 2020. Nous en reparlerons dans les prochains mois pour sa mise à jour. Aujourd’hui c’est donc à l’échelle de la région qu’on nous propose d’agir : nous ne bouderons pas notre plaisir.

Le bâtiment est le premier consommateur d’énergie dans le pays et représente à lui seul plus du quart de nos émissions. C’est donc en toute logique que la première mission de la SEM Énergies Posit’if porte sur la rénovation du bâtiment. Sachant en outre que le neuf ne représente qu’un renouvellement annuel de un pourcent du parc, on voit bien qu’il est impératif d’agir sur le bâti existant. En prévoyant un mode de financement qui repose en partie sur le gisement potentiel d’économies d’énergies et qui permet de réduire le temps de retour sur investissement, nous trouverons peut-être un nouveau modèle de développement d’une véritable économie verte.

La deuxième mission de cette nouvelle société d’économie mixte est le développement de la production d’énergies renouvelables. Là encore, le potentiel est important et je crois que c’est encore en partant des territoires que nous parviendrons à des résultats. Implanter une éolienne, une centrale solaire ou géothermique ne peut pas se faire contre les territoires, ce doit au contraire être les territoires qui en organisent l’accueil et le développement.

Alors puisque les bonnes idées sont à l’ordre du jour avec cette délibération, vais-je suggérer que pour l’avenir, lorsqu’il faudra en augmenter le capital pour lui permettre de réaliser sa mission sur un plus grand volume, nous pourrions réfléchir à son ouverture aux fonds citoyens. Les éoliennes, si nécessaires et pourtant souvent controversées localement, ne le sont jamais moins que lorsqu’elles résultent de projets portés par de l’épargne citoyenne et locale.

Voilà donc avec cette délibération une nouvelle page de la responsabilité énergétique et environnementale qui est en train de s’écrire. Chers collègues, nous nous honorerons tous en l’adoptant pour que Paris y apporte à son tour sa contribution.

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