Le climat, l’air et l’énergie en Île de France

La Région Île-de-France a produit son schéma régional climat, air, énergie (SRCAE en langage barbaro-administratif). Le conseil de Paris en a débattu, et j’y ai mis mon grain de sel :

Paris est engagée depuis 2001 dans le développement durable. Lutte contre le réchauffement climatique, aides aux travaux d’amélioration du bâti, lutte contre la précarité énergétique : nous cherchons en permanence cette synthèse entre l’environnement, l’économique et le social. Qu’il manque l’économique ou le social et le travail sur l’environnement sera vain. Ce débat est l’occasion de le rappeler avec force.

Aujourd’hui, la région se dote d’un schéma régional climat, air, énergie (SRCAE). J’ai envie de lui dire : bienvenue au club ! Cet outil est en effet un peu l’équivalent du plan climat que nous avons mis en place à Paris dès 2007.

L’intérêt est bien sûr d’assurer une cohérence de l’action des territoires à l’échelle de la région, première force économique et démographique du pays. C’est peut-être aussi d’amener les collectivités locales qui auraient pris un peu de retard à le rattraper.

Car les plans climat énergie territoriaux (PCET), désormais obligatoires pour les communes de 50.000 habitants, devront être compatibles avec ce schéma régional. Et les plans locaux d’urbanisme (PLU) devront aussi prendre en compte le SRCAE. Il s’agit donc d’un document important dont les impacts se feront sentir dans toute la région, ce dont nous nous réjouissons.

Mais il faut aussi rappeler que la région est elle-même assujettie à la réglementation nationale et devrait respecter les orientations fixées pour le pays. S’il y avait une critique à faire au document qui nous est proposé, c’est celle-ci : il n’explique pas suffisamment son articulation avec les objectifs nationaux et européens, qui visent une division par quatre des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 par rapport à 1990, avec l’étape de -20% d’ici 2020. Or le SRCAE prend pour référence 2005 au lieu de 1990. Et les consommations d’énergie en 2005 étaient 15% plus élevées en Île-de-France qu’en 1990, ce qui revient à réduire subrepticement l’effort à faire d’ici 2020 à -8% au lieu des -20%. Je trouve que c’est une astuce un peu dommage quand le reste du document est si fouillé et positif.

Car il faut dire qu’un travail nourri, technique et de grande qualité a été conduit et je veux le saluer. Ce travail repose sur de nombreuses études, disponibles en ligne pour que nos concitoyens puissent s’en saisir.

Naturellement, le SRCAE doit être adapté aux spécificités parisiennes, sur des points que notre délibération détaille, notamment sur le bâti et les copropriétés. Nous le voyons avec l’OPATB du 13e arrondissement et l’OPAH 2D2E dont nous avons déjà débattu ici et qui est en train de s’installer dans les quartiers de la place de la République : mobiliser les copropriétés est une nécessité, mais c’est aussi d’une très grande difficulté. Nous avons besoin d’outils spécifiques pour atteindre nos objectifs, et j’espère que le gouvernement va prochainement légiférer sur cette question.

Plus globalement, nous demandons de raisonner sur des volumes d’énergie économisée plutôt que sur un pourcentage d’habitations rénovées, que propose le SRCAE : il est en effet toujours plus efficace de se fixer des objectifs de résultats plutôt que des objectifs de moyens.

Sur un autre thème, les questions de la géothermie et des réseaux de chaleur sont centrales dans le SRCAE. Les études préalables ont montré que leur potentiel de développement est considérable à Paris. Les quartiers qui sont encore trop peu desservis en réseau de chaleur (essentiellement le 11e, le 18e et le 20e) pourraient le devenir rapidement grâce à la densité du bâti. Cela nécessite de lourds travaux dans la chaussée, ce qui n’est jamais simple. Je pense que l’effort vaut le coup si nous sommes assurés que le bilan environnemental sera positif. Cela peut être atteint moyennant un effort sur le mix énergétique de la CPCU, dont la chaleur a un contenu en carbone relativement élevé : sur ses onze sites de production, la CPCU exploite encore cinq centrales au fioul, et 20% de son énergie provient du charbon. Je crois donc que nous partageons les mêmes grands objectifs, mais qu’il reste encore un peu de travail pour avoir une feuille de route solide sur les réseaux de chaleur.

Bien d’autres sujets passionnants sont traités dans le SRCAE. Nous y reviendrons lors du débat sur la mise à jour du plan climat de Paris. Et vous l’avez compris, nous sommes particulièrement heureux d’approuver le schéma régional climat, air, énergie de la métropole capitale.

© Jean-Marc Armani / Picturetank

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