Commémoration de la victoire du 8 mai 1945

Commémoration de la  victoire du 8 mai 1945

Voici le discours que j’ai prononcé le 8 mai 2014, lors de la cérémonie de commémoration de la Victoire, à la Mairie du 11e.

Monsieur le Président de l’Union des Associations d’Anciens Combattants et Victimes de Guerre du 11e arrondissement, cher Roger FICHTENBERG

Mesdames et Messieurs les anciens déportés, résistants et combattants,

Messieurs les porte-drapeaux,

Monsieur l’Adjudant Henry et les hommes des Sapeurs-Pompiers,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames, Messieurs,

 

Il y a 69 ans, le 8 mai 1945, grâce à l’union des Forces Françaises Libres, des mouvements de Résistance intérieurs, de l’Armée d’Afrique et avec le concours ô combien précieux des armées alliées, l’Europe obtenait – enfin – la capitulation de l’Allemagne signée à Berlin et se libérait du joug nazi.

Les Alliés, mettaient ce jour-là à bas la folie destructrice et avilissante d’un système d’État ayant institué la pire des barbaries.

Ce 8 mai 1945, l’Europe des hommes libres, l’Europe des Lumières et de l’Humanisme, cette Europe que l’on croyait perdue, revenait, enfin, des abîmes.

Ce matin, nous rendons hommage à ceux auxquels l’engrenage fatal d’une folie meurtrière ne laissa d’autre choix que de prendre les armes pour défendre les valeurs humaines alors que celles-ci étaient bafouées.

Nous ne devons pas oublier leur sacrifice. Ni celui des héros de la France libre et de l’armée de l’ombre. Ni celui des soldats anglais, américains et canadiens tombés à leurs côtés sur les plages de Normandie. Ni celui de ces jeunes, héroïques, venus de tous les continents : tabors marocains, tirailleurs tunisiens et sénégalais, tous ces soldats des troupes coloniales venus d’Afrique, du Maghreb, d’Indochine qui se sont battus sous le drapeau français pour défendre les valeurs universelles.

Avec plus de victimes civiles que militaires, ce conflit planétaire fut le théâtre de crimes effroyables, dans des proportions jamais connues jusque là. Plus de 60 millions de morts, des peuples entiers décimés, parmi lesquels 6 millions de Juifs. Et il est de notre devoir aujourd’hui de rappeler que des millions de victimes sont devenues des cendres, que des millions d’innocents ont été affamés, humiliés, fusillés, abattus, gazés, brûlés.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment en pleine moitié du 20e siècle, a-t-on pu présenter et faire adhérer à un projet politique de haine et d’élimination physique de l’autre ? Comment des nations développées, qui avaient foi dans le progrès et se pensaient civilisées, ont-elles pu mettre en œuvre un projet aussi honteux et dégradant pour l’espèce humaine ?

Songeons à ces millions d’anonymes qui sont morts, derrière les barbelés des camps, perdant, victimes du projet nazi, leur statut d’homme et leur dignité.

Je veux saluer, avec respect, leur  mémoire.

Commémorer cet anniversaire est aussi, pour nous, l’occasion de nous souvenir de tous ceux qui, héros du quotidien,  n’ont jamais éteint la flamme de la Résistance, de tous ces hommes et femmes qui ont sacrifié leur vie pour sauver notre liberté.

Nous exprimons aussi notre gratitude à l’égard de tous ces Français, qui sans être des combattants actifs, ont pris tous les risques pour protéger les Résistants, créant ainsi une véritable chaîne de l’insoumission.

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Commémoration de la victoire du 8 mai 1945 (Photo Anaïd de Dieuleveult, Mairie du 11e)

Rappelons-nous l’action exemplaire des milliers de Justes qui prirent tous les risques pour sauver des citoyens pourchassés parce qu’ils étaient juifs. Comme tant d’autres, ils auraient pu assister, indifférents, au spectacle des persécutions et des déportations.  Mais ils ont refusé ; leur conscience, leur courage, nous rappellent qu’en toutes circonstances, la force morale et la conscience individuelle peuvent et doivent l’emporter et que même face au danger, nous pouvons dire non aux poisons du racisme et de l’antisémitisme.

Chacun sait que notre arrondissement connut des heures sombres durant l’Occupation, avec les rafles d’hommes, de femmes et d’enfants juifs, internés à Japy en août 1941 et en juillet 1942 avant d’être déportés. De nombreux habitants du 11e rejoignirent alors la Résistance. Les rues Jean-Pierre Timbaud ou Léon Frot, les squares Maurice Gardette, Olga Bancic ou, bien sûr, Marcel Rajman, rappellent le sacrifice de ces militants.

L’histoire de Marcel Rajman illustre particulièrement ce que fut cette période. Il habitait rue des Immeubles Industriels dans l’atelier logement du père, artisan tricoteur, qui avait fui la Pologne en 1931, confiant dans la France et ses valeurs républicaines.

Mais Marcel Rajman a 18 ans lorsqu’il assiste, impuissant, à une chasse à l’homme autour de la Nation, le 21 août 1941 : la capture de son père, qu’il ne reverra jamais. Profondément choqué, il demande son affectation au Deuxième Détachement juif de la MOI. Après le démantèlement de cette formation, en juillet 1943, Marcel Rajman est muté dans l’équipe spéciale dont il deviendra l’animateur. Son rôle déterminant dans l’attentat contre le haut dignitaire nazi, Julius von Ritter, lui vaudra des journées de tortures les plus bestiales, selon les témoignages des résistants revenus de déportation.

À elle seule, la famille Rajman incarne la tragédie de ces temps meurtriers : le père, raflé et déporté, ne reviendra pas ; la mère, arrêtée en même temps que ses deux enfants, sera déportée et ne reviendra pas non plus ; Simon, son jeune frère, sera déporté à Buchenwald ; et Marcel, cet enfant de nos quartiers, tombera sous les balles du peloton d’exécution peu après avoir écrit à sa mère « J’aime la vie ! Vive la vie ! Que tout le monde vive heureux ! ».

Il avait 20 ans. Il était l’un des 23 membres du groupe Manouchian, celui de l’affiche rouge, composé d’étrangers communistes vivant en France comme FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans – main-d’œuvre immigrée). Ce groupe Manouchian comportait 22 hommes. Tous furent fusillés au fort du Mont-Valérien le 21février. La 23e était aussi la seule femme du groupe, Olga Bancic. Elle fut décapitée à Stuttgart le 10 mai 1944.

Je salue à cette occasion l’initiative de Patrick Bloche, qui a donné son nom au square de la rue Godefroy Cavaignac.

L’action exemplaire de ces militants incarne les sacrifices nécessaires que certains ont du faire pour finalement conduire à la victoire. Cette victoire que nous célébrons, c’est d’abord la leur.

Nous célébrons aujourd’hui, ce jour historique, où la paix, la liberté et l’ensemble des valeurs démocratiques se sont imposés. Conquise de haute lutte, cette liberté portait en elle le germe de toutes nos valeurs les plus nobles ; celles qui font que nous sommes attachés à notre pays, celles que nous devons toujours transmettre pour que, jamais, de tels affrontements ne se reproduisent.

C’est pourquoi l’Histoire ne doit pas nous conduire seulement au souvenir, au recueillement. Elle doit nous inciter aussi au travail de mémoire et de transmission, de réflexion et d’apprentissage de ses leçons. Se souvenir des disparus, six décennies plus tard, c’est le travail nécessaire pour éclairer, guider nos actions aujourd’hui. Ne pas oublier, c’est refuser d’abandonner, c’est savoir qu’il suffit de quelques phrases ou d’actes assassins pour que le poison du nationalisme s’insinue. Souvent l’horreur fait ses premiers pas avec des mots qui blessent et peuvent tuer.

Alors, il faut du courage, je le sais bien, pour renverser les affabulations sur lesquelles se construisent les idéologies de haine car elles sont fondées sur des simplifications dangereuses. En vérité, n’oublions jamais que les nouvelles générations sont aussi vulnérables que celles du passé.

 

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis, aujourd’hui pour honorer les victimes et les héros.  Nous sommes réunis pour rappeler quelques vérités élémentaires et fondamentales.

Nous sommes venus rappeler qu’un continent qui a été brisé, humilié, par une barbarie jamais égalée, peut se retrouver autour de la démocratie et du respect de la dignité humaine.

Permettez-moi donc de rendre aussi hommage à tous ceux qui ont contribué à la réalisation de la paix durable que nous connaissons aujourd’hui.

Quand les derniers témoins auront disparu, quand la France libre et la Résistance cesseront d’être les souvenirs incarnés par des témoins, il nous reviendra alors, de garder cette histoire vivante et de transmettre à notre tour à nos enfants la leçon de tant de souffrances, de tant de malheurs au milieu desquels, ne l’oublions jamais, l’humanité fut sauvée par la grandeur d’âme et le courage de ceux qui eurent le courage de dire non, de toutes leurs forces et quel qu’en fût le prix.

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1 commentaire

  1. Honneur et gloire à toutes celles & tous ceux qui ont donné leurs vies pour que nous soyons libres.N’oublions jamais.

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