Commémoration des 70 ans de la Libération du 11e arrondissement

Commémoration des 70 ans de la Libération du 11e arrondissement

Le 7 septembre 2014, nous célébrions le 70e anniversaire de la Libération de Paris et du 11e arrondissement. Je vous propose de découvrir le discours que j’ai prononcé devant les habitants et les associations œuvrant en faveur de la mémoire.

 

Monsieur le Président de l’Union des Associations d’Anciens Combattants et Victimes de Guerre du 11e arrondissement, cher Roger FICHTENBERG,

Mesdames et Messieurs les anciens déportés, résistants, combattants, ou représentants des associations d’anciens combattants,

Messieurs les porte-drapeaux,

Monsieur les représentants de la caserne des Sapeurs-Pompiers, du commissariat du 11e, et des services de la Mairie du 11e,

Mon Général,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames, Messieurs,

70 ans ! Oui, 70 ans nous séparent déjà des événements d’août 1944, quand le peuple de Paris s’est soulevé contre la tyrannie et l’oppression ! 70 ans que ces femmes et ces hommes se sont battus, se sont sacrifiés avec courage, avec témérité, car ils avaient rendez-vous avec les libertés fondamentales. Les leurs étaient jusqu’alors bafouées, confisquées et anéanties par la barbarie.

Mais voilà 70 ans aussi que le peuple de Paris a retrouvé sa liberté avec le concours déterminant de la Résistance, des forces françaises libres et des forces alliées.

Cette cérémonie est pour nous l’occasion de nous souvenir, de nous pencher sur ces événements constitutifs de notre histoire commune et de rendre hommage à celles et à ceux qui se sont battus pour que nous puissions vivre libres. N’oublions jamais la hauteur du sacrifice, ses douleurs, nécessaires pour libérer cette ville, notre ville, dans laquelle nous vivons aujourd’hui. N’oublions jamais l’abnégation dont ont fait preuve ces hommes et ces femmes pour défendre les valeurs de notre République, la liberté, l’égalité et la fraternité. Notre responsabilité, notre devoir aujourd’hui, et c’est bien le moins vu le prix qu’ils ont payé, c’est un devoir de mémoire et de transmission. Nous n’aurons cesse de l’honorer.

C’est aujourd’hui à eux, à vous que nous rendons cet hommage digne et solennel en commémorant ce 70e anniversaire de la libération du 11e arrondissement.

***

Depuis le débarquement des troupes alliées en Normandie, le 6 juin 1944, les Parisiens vivaient dans l’attente et l’expectative d’une libération prochaine. Depuis des mois, ils s’organisent et se mobilisent contre les forces occupantes, en dépit même des nombreuses privations dont ils sont l’objet. Paris souffre mais ne plie pas.

Les événements s’accélèrent dès le 10 août 1944, lorsque les cheminots entament une grève insurrectionnelle et accomplissent, avec le concours de la Résistance, nombre d’actions de sabotage sur les voies de chemin de fer de la région parisienne contribuant, ainsi, à réduire les moyens d’action et les infrastructures de l’occupant.

Le 15 août, un appel à la grève insurrectionnelle est lancé. De nombreux corps de métiers y répondront. Le 19 août, soit le lendemain d’un appel à la mobilisation générale proclamé par le Colonel Rol-Tanguy – commandant des FFI d’Ile-de-France – les premiers combats contre l’occupant nazi éclatent dans les rues de Paris.

Le peuple de Paris renoue avec son passé en érigeant des barricades en de nombreux endroits. Ici même, autour de la place Voltaire où nous nous trouvons aujourd’hui ! Mais aussi là-bas, aux abords de la place de la Nation, place de la Bastille ou encore place de la République. C’est tout le 11e arrondissement, uni, de Belleville à Charonne, qui se soulève !

Les combats furent âpres et les victimes, civiles et combattantes, nombreuses, trop nombreuses : une quarantaine d’habitants du 11e arrondissement y laissèrent leur vie. Elles s’ajoutent au tribut bien plus lourd encore que notre arrondissement aura payé pendant l’occupation.

Encore une fois, Paris s’était soulevé. Encore une fois, le peuple de Paris avait rappelé à son oppresseur que l’insurrection redevenait le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. Encore une fois, le 11e arrondissement, fidèle à sa tradition insurrectionnelle, continuait à écrire en lettres rouges l’histoire de Paris.

Au soir du 19 août, la Préfecture de Police, l’Hôtel de Ville, les Mairies, les sièges de journaux et bien d’autres lieux symboliques ont été repris et sont tenus avec bravoure par des résistants, malgré un manque criant d’équipement.

La suite des événements est connue : l’entrée triomphale dans Paris, le 24 au soir, de la colonne du Capitaine Dronne à la tête de la 9e compagnie du régiment de marche du Tchad, composée de nombreux volontaires étrangers et de républicains espagnols ; l’entrée, Porte d’Orléans, le 25 août au matin, du reste de la 2e division blindée du Général Leclerc, épaulée par la 4e division américaine du Général Barton ; la reddition, ce même jour, des troupes allemandes commandées par le Général von Choltitz ; suivi, enfin, de l’arrivée du Général de Gaulle à l’Hôtel de Ville duquel il prononcera, alors même que les combats continuent de faire rage dans l’est de la ville, ses célèbres mots : « Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! ».

Libérée par l’action conjuguée de son peuple, de ses résistants, des troupes régulières de la France libre et de ses alliées, Paris devint alors le symbole d’une France restaurée dans son honneur, lavée de ses humiliations et de ses compromissions honteuses.

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Commémoration de la libération du 11e arrondissement (Photo Anaïd de Dieuleveult, Mairie du 11e)

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Cette Histoire, avec un grand H majuscule, ne doit pas faire oublier qu’elle demeure avant tout la somme et le résultat d’actions, individuelles et collectives, qui, arrondissement par arrondissement, contribuèrent à la Libération de Paris.

Roger Fichtenberg nous l’a rappelé : Alexandre Parodi, André Tollet, tous ces hommes, toutes ces femmes – le peuple de Paris – qui s’engagèrent, corps et âme, dans la libération de leur ville.

N’oublions pas Darno Maffini, dont une place du 11e arrondissement porte désormais le nom. Darno Maffini, ce résistant de la première heure, né en Italie, engagé dès 1942 dans les formations Garibaldiennes du 11e arrondissement et qui sera grièvement blessé place de la République lors de la prise de la caserne du prince Eugène.

Souvenons-nous ensemble de toutes ces femmes et de tous ces hommes libres, résistants et combattants de toutes origines, de tous pays, de toutes convictions qui, unis sous le feu de l’ennemi, ont œuvré au rétablissement de nos valeurs républicaines.

Rendons hommage à toutes celles et à tous ceux qui n’ont pas renoncé en ces heures sombres de notre Histoire ; qui se sont battus, quels que soient leurs moyens, contre la barbarie et la haine ; qui ont rendu leur dernier souffle dans nos édifices et dans nos rues. Rendons hommage à toutes celles et à tous ceux qui, héros et anonymes, ont contribué à notre liberté.

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Commémoration de la libération du 11e arrondissement (Photo Anaïd de Dieuleveult, Mairie du 11e)

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Aujourd’hui encore, nous devons faire preuve de la plus grande vigilance. Aujourd’hui encore, nous devons continuer de lutter sans relâche contre celles et ceux qui s’évertuent à propager la haine et le mépris de l’autre. Aujourd’hui encore, nous devons continuer de rejeter avec force l’intolérance, l’extrémisme, le fanatisme, le racisme, l’antisémitisme et au-delà, l’intolérance sous toutes ses formes actuelles : l’exclusion, l’homophobie et le sexisme.

C’est dans cet esprit que nous promouvons les valeurs de tolérance, mais aussi, condition du respect, de la réelle acceptation de l’autre tel qu’il est, valeurs dont ces femmes et ces hommes nous ont apporté un si puissant enseignement. C’est dans cette même veine que nous combattons, jusqu’au cœur de notre arrondissement, tous ceux qui attisent les flammes de la discorde et de la haine.

70 ans ont passé, et il reste plus que jamais essentiel de commémorer ces événements majeurs de notre histoire. 70 ans ont passé, et ce travail de mémoire est crucial pour que vive le souvenir de celles et ceux ont résisté. 70 ans ont passé, mais la mémoire de ces instants ne tombera pas dans l’oubli. Car ce travail est, oh ! combien, essentiel pour les jeunes générations, et au-delà, pour faire de notre société une belle civilisation.

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